Trip #1 – GR20

Comment faire le GR 20 sans aucune condition physique, sans aucune expérience de randonnée et sans entrainement (ou quasi)?

Sur un pari un peu con, je décide de partir faire le GR 20, le sentier qui traverse la Corse en diagonale, sentier de 180 kms réputé comme étant le plus difficile de France… et selon certaines rumeurs d’Europe !

N’ayant aucune expérience de randonnée mais pensant que ce ne doit pas être bien compliqué de mettre un pied devant l’autre, je me lance alors avec mon compagnon de voyage dans la préparation de cette aventure.


1 – Évaluer la situation !  [ J-152 ]

Je cours à la FNAC pour dégoter un topo guide « À travers la montagne Corse en 16 jours de randonnée » et je commence à feuilleter. Tranquillement… Tranquillement… Tranquillement… je prends conscience de l’ampleur du challenge !
Mettre un pied devant l’autre ne va pas suffire semble-t-il. Un peu d’escalade, beaucoup de vertige mais surtout des paysages à couper le souffle !

On étudie minutieusement le projet et rapidement nous avons de nombreuses questions qui ne trouvent pas de réponse dans le TOPO GUIDE :

Nord-sud ou Sud-Nord?
Doit-on réserver les emplacements pour camper ? Si oui comment ?
Y-a-t-il de la nourriture dans tous les refuges ?
Est-ce qu’on va devoir se laver dans la rivière et faire caca dans les bois (cf. livre de Kathleen Meyer « comment chier dans les bois »?)
Suis-je capable d’affronter le terrible « cirque de la solitude » ?
Mon corps va-t-il suivre ma – connerie – détermination?
Vais-je supporter la chaleur Corse associée à l’effort physique?
(au fond de moi, je connais déjà la réponse).
Vais-je supporter le poids du sac à dos ?
Combien de liquide faut-il retirer ? Le GR c’est plus cher mais à quel point ?
Peut-on recharger son téléphone dans les refuges ?

Toutes ces questions font monter la pression. Je commence donc à lire des « trucs » sur le net. De blog en blog, je trouve quelques réponses et me confronte également aux accidents divers et variés survenus sur le parcours (ce qui assurément ne me rassure pas).

Mais il faut quand même relativiser, on peut aussi mourir en traversant la rue !


2 – Bloquer les dates [ J-93 ]

Nous décidons de prévoir 3 semaines en Corse, 2 semaines et demi pour faire le GR et quelques jours de marge pour aller à la plage.. ou pallier à un éventuel contre-temps 😉

Nous réservons les billets d’avion pour arriver à Ajaccio. Nous traverserons ensuite en bus jusqu’à Porto Vecchio et nous prendrons une navette pour Conca, départ du célèbre GR.

Nous avons finalement décidé de commencer par le sud (nous ne le regretterons pas). Moins difficile et moins abrupte que le nord, ce sera idéal pour se mettre en jambe.


3 – La préparation [J-56] > Départ 

IMG_3947-WEB

En guise d’entraînement, nous avons fait plusieurs – balades/rando – d’une journée. Sans sac à dos et sans chaussure de marche. Donc pas du tout en condition réelle. Mais on se rassurait comme on pouvait et on essayait d’y croire !

Crête du Pilât 
13kms – 300m de dénivelé positif

Mont Verdun
10kms – 420m de dénivelé positif

Mont July 
7,5kms – 260m de dénivelé positif

Beaujolais
18km – 541m de dénivelé positif

Saint-Raphaël
7km – 370m de dénivelé positif

À cette période, les week-ends sont plus à la fête et aux grasses mat’ qu’au réveil à l’aube pour aller randonner. On doit donc se faire violence pour tenter de donner un rythme à nos petits corps qui ne comprennent pas bien ce qui se passe 😉

On commence à faire des listes de listes du matériel indispensable.
On s’équipe : sac à dos, duvet, gourde, frontale, serviette, K-way, casquette, médoc (smecta, pastille pour purifier l’eau, crème pour les pieds, doliprane, antiallergique…), pansements en tout genre (essentiellement pour les pieds), crème solaire et après soleil, gel multi-usage biodégradable (gel douche, shampoing, liquide vaisselle, lessive : oui oui ça existe ! oui oui mes cheveux ont survécu !). On essaye de penser aux petites choses insignifiantes dans la vie de tous les jours mais indispensables sur le GR (du sel par exemple !)

GR20-SAC-OK

J-2, 23h56 : les sacs sont prêts, demain c’est le grand départ !
On se couche avec la peur et l’excitation au ventre. J’ai du mal à trouver le sommeil, je pense à ce qui nous attend…

J-1, 3h45 : le réveil sonne. C’est parti, direction l’aéroport. Atterrissage à Ajaccio à 7h15. On profite d’un copieux petit déj’ au soleil (le dernier avant longtemps!). Mon sac à dos pèse 11kg et j’ai quelques difficultés à m’y habituer… On grimpe dans un bus direction Porto Vecchio puis dans une navette jusqu’à Conca, départ du GR. On installe la tente et on essaye tant bien que mal de faire bonne figure et de profiter de la soirée… (personnellement je n’en mène pas large ! ).

Pour les randonneurs non expérimentés (comme nous), les 4 premières étapes (en commençant par le sud !) sont des étapes de « réglages », d’adaptation et de gestion du manque. Ces étapes de « mise en jambe » permettent au corps de s’adapter progressivement à un rythme et à une activité qu’il ne connait pas…
Elles nous ont permis de :

  • Trouver la position idéale pour le sac à dos pour qu’il ne pèse QUE sur les cuisses.
  • « Faire » les chaussures une bonne fois pour toutes (avec de sublimes ampoules géantes).
  • Jauger le temps qu’il faut pour terminer une étape par rapport à ce qui est annoncé dans le topo guide.
  • Jauger les besoins en eau pour ne pas surcharger inutilement le sac à dos.
  • Évaluer les besoins en nourriture pour éviter l’hypoglycémie, tout en rationnant (pas évident, hein?).
  • Trouver un rythme de marche idéal pour ne pas s’épuiser en 8min12s.

ETAPE_1-4

Sur cette première partie, les paysages sont variés avec une dominante de sous-bois, ce qui est parfait pour ne pas cuire sous le soleil Corse en cas de mauvais timing sur une étape. La végétation est dense, on partage de temps en temps le chemin avec des vaches, des ânes ou des chevaux qui, semble-t-il, galèrent beaucoup moins que nous !

Attention, le refuge d’Asinau (étape 2) a brulé au printemps, il est donc impossible de se ravitailler. On peut bivouaquer mais il n’y a pas de commodités, il reste cependant mon lieu préféré avec un paysage lunaire inouï. Gros coup de coeur également pour le refuge d’Usciolu, une véritable caverne d’Ali Baba (oui oui il y a du Nutella!) et un spot paisible idéal pour une aprèm de récup’.


ETAPE_5-8

Sur cette seconde partie, le corps commence à être rodé, quasiment plus de courbatures ! On peut donc accélérer le rythme tout en profitant au maximum du paysage.

Pour nous, c’est la séquence Gestion des impondérables. On doit trouver des solutions (gratuites si possible puisqu’on a pas suffisamment retirer avant de partir !!!) pour réparer/prolonger le matériel : recoudre la porte de la tente (3 fois!), réparer les chaussures (=racheter de nouvelles chaussures), rafistoler une paire de tongs, bidouiller les bâtons de marche… On fait des prières pour que la fermeture du sac à dos ne lâche pas. On essaye d’isoler la nourriture pour éviter une attaque de sanglier/renard/autre. On masse et on étire le corps pour pallier à une éventuelle douleur.

Nous avons également dû aménager notre périple en fonction de la météo, nous sommes resté à Vizzavona une journée pour laisser passer l’orage avant d’entamer la partie Nord du GR. Nous en avons profité pour aller visiter la ville de Corte accessible très rapidement en train et manger dans un petit resto traditionnel Corse !

En ce qui concerne le paysage, aux sous-bois et à la végétation dense déjà présents dans les 4 premières étapes s’ajoutent des passages très sympas dans les éboulis et un bivouac herbagé (un poil plus confortable pour dormir) au refuge de Prati (étape 5) et au refuge de l’Onda (étape 8).


ETAPE_9-12

À plus de la moitié du GR, nous avons pris nos petites habitudes : se lever (tôt), marcher, manger, lessiver, doucher, se reposer… et notre corps aussi.

On enchaÎne les étapes en découvrant un paysage bien plus sec, plus minéral. L’étape 10 est ponctuée d’une montée en rappel, un passage avec une « chaîne » impressionnante mais qui fait plus peur que mal !

Le refuge du Castel de Vergio (étape 11) est un bon point de ravitaillement mais il se trouve juste à côté d’une départementale, nous avons donc préféré entamer l’étape suivante pour atteindre la bergerie d’E Radule pour bivouaquer. Charmant endroit malgré les petits serpents cachés dans les pierres 😉


ETAPE_13-16

Les 4 dernières étapes sont très «rocheuses ». L’étape 13 est, à ce qu’il paraît, la plus difficile de toutes ! C’est ce que nous ont répété les personnes (venant du Nord) que nous avons croisé depuis le début du GR20. On pouvait presque lire de la peur dans leurs yeux quand ils évoquaient cette vilaine étape 😦 . Nous abordions alors la chose avec un peu d’anxiété…

Malgré les dires et en prenant son temps, cette étape n’est vraiment pas insurmontable. Elle est difficile mais la vue à 360° au sommet du monte Cintu vaut bien tous les efforts du monde.

Le refuge d’asco-haut sur cette même étape est très chouette si comme moi vous vouez un culte inexplicable aux lieux un peu délabrés. Vous pourrez vous rendre dans la station de ski pour vous faire un resto copieux bien mérité.

Quelques passages de chaîne sur les étapes suivantes et le célèbre pont de singe à l’étape 14. La fin est toute proche et c’est désormais une habitude de terminer les étapes par une Pietra bien fraîche 😉

Nous avons terminé le GR à Calenzana autour d’un énorme petit dej’ et d’une pinte de Pietra avec nos compagnons de voyage, Ludo et Lisa 😉 Un doux mélange de satisfaction et d’accomplissement avec le regret que l’aventure se termine déjà…


CONSEILS (à un randonneur amateur)

  • Ne sois pas aussi con que nous, pense à manger ! Il faut donner du carburant à ton corps pour qu’il tienne l’effort. Nourris-toi en quantité suffisante et avec des bonnes choses.
  • Retire suffisamment d’argent ! (il faut compter environ 350€ par tête pour le GR complet). La petite Pietra en fin d’étape est vraiment réconfortante, indispensable je dirais même 😉
  • Si tu dors en tente, inutile de réserver les emplacements. Dans chaque refuge, il suffit d’aller régler son emplacement tente (environ 7€/personne). Par contre, pour dormir en refuge, il est préférable de réserver en amont !
  • Pas ou très peu de réseau sur le GR : il vaut mieux anticiper pour les réservations en refuge et bien sûr on oublie instagram, facebook, sexto, etc 😉 Il est possible de recharger son téléphone dans certain refuge en demandant gentiment la permission !
  • Profite du paysage, prend ton temps, pas la peine de doubler les étapes pour se blesser et ne rien voir. Pour les débutants, une étape par jour c’est déjà très bien. Profite des après-midi pour laver ton linge, te doucher, lire, bavarder et manger. C’est sensé être des vacances quand même !
  • Ne pas trop écouter les gens (surtout ceux qui viennent du nord!), leur avis est subjectif et ne reflète que leur propre point de vue.
  • Le GR20 en 16 jours, ça se fait au mental. Tout le monde peut y arriver même sans préparation physique. Il faut juste prendre son temps.
  • Sois adaptable en toute circonstance et prêt à sortir de ta zone de confort.
  • Ne prend pas de risques inconsidérés (orage, pluie, incendie…). Si un Corse te dit qu’il ne faut pas monter, il ne faut pas monter !!!
  • Munis toi d’un duvet bien chaud, même en juillet-août les nuits sont froides sur le GR.
  • En amont, apprend à marcher avec tes chaussures et ton sac à dos plein ! Tu éviteras ainsi des premières étapes inconfortables.
  • Goûte aux charcuteries Corse dans les refuges, c’est de la bombe atomique !

Et surtout et le plus important, prend le temps de profiter du paysage, de la nature, d’observer et de kiffer 😉

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