En tête à tête avec… la mort !

Quand le tabou sur la mort détrône le tabou sur le sexe, alors tiens-toi prêt à assister à des déjeuners de famille pour le moins « morbides » ! À l’approche de la fête des morts, j’ai voulu me pencher sur la question…

Bon, on a quoi comme choix en fait ?

En France, on choisit seulement entre inhumation et crémation, être enterré ou incinéré.

Mais il y a d’autres alternatives un peu partout dans le monde comme :

L’aquamation : consiste à immerger le corps dans une eau très chaude contenant une base forte afin d’entraîner la dissolution des chairs. Il ne reste ensuite que les os, qui seront ensuite broyés et rendus aux familles, comme les cendres récupérées après une crémation. Ce procédé est développé en Australie et en Amérique du Nord.

 

La promession : consiste à congeler le corps sous un flux d’azote liquide (-196°C) puis à le réduire en poudre à des fins de compostage. Tout d’abord développé en Suède, cette technique est aujourd’hui acceptée en Angleterre, en Afrique du Sud et en Corée du Nord. D’autres pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, les USA et le Canada se disent très intéressés par cette méthode.

 

La cryogénisation : consiste à conserver dans le froid une personne récemment décédée dans l’espoir de la ressusciter un jour… Il existe plusieurs organisations à but non lucratif dans le monde qui prennent en charge la cryogénisation. On peut conserver le corps entier ou seulement la tête ! Il semblerait qu’actuellement dans le monde, environ 300 personnes attendent dans des caissons réfrigérées, en état de cryogénisation.

 

Donc si on résume, soit enterré, soit incinéré, soit dissous, soit pulvérisé, soit congelé…
Sinon on a qu’à dire qu’on meurt pas, non? 


Ok, et ça coute combien en moyenne?

Entre 1980 et 6770€ pour une crémation et entre 2660 et 7535€ pour une inhumation.

L’aquamation et la promession semblent couter à peu près le même prix qu’une crémation, auquel il faut soustraire le prix du cercueil mais ajouter les coûts de transfert vers les pays proposant ce type d’alternative (ainsi qu’une demi tonne de paperasses et d’ennuis administratifs). Mais dans les faits, cela semble possible.

La cryogénisation est quant à elle réservée aux gens plutôt à l’aise financièrement (sélection « naturelle » et « arbitraire » des probables ressuscités 😉 ) et s’anticipe de son vivant. Il faut compter 28 000$ pour la cryogénisation d’une tête et jusqu’à 200 000$ pour un corps entier, sans garantie que la méthode débouche sur une réanimation (on dit youpi!).


Et c’est quoi la solution la plus éco-responsable?

La solution qui limite au maximum l’emprunte carbone ?
Parce que tant qu’à faire d’être mort autant arrêter de polluer ! 

La crémation et l’inhumation sont deux procédés polluants.

Après la mort, le thanatopracteur injecte jusqu’à 10L de produit aseptique et stérilisant dans le corps afin de ralentir le processus de décomposition. S’il s’agit d’une inhumation, ces produits vont s’infiltrer dans la terre et polluer le sol et les eaux. À cela s’ajoute l’impact des cimetières sur l’environnement (les stèles, les pesticides pour l’entretien, l’utilisation d’eau, etc…).

Une crémation dure entre 1h30 et 2h, à des températures allant de 600 à 1000°C. Les émissions de CO2 sont donc considérables même si depuis 2012, tous les crematoriums ont un système de filtration, mais ce n’est pas tout ! Le corps rejète aussi des dioxines (liés aux produits formolés) ainsi que du mercure (lié aux plombages dentaires)…

« Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière »

L’aquamation utilise 10 fois moins d’énergie que la crémation et ne rejette aucune particule dans l’atmosphère. L’eau ayant servi à la décomposition du corps est réutilisée pour fertiliser les cultures, comme de l’engrais.

La promession dépense également très peu d’énergie et ne rejette aucun gaz à effet de serre. Les « restes » sont ensuite lyophilisés puis tamisés afin de récupérer les métaux (alors qu’ils produisent des gazs nocifs lors d’une crémation) et enfin récoltés dans une urne biodégradable. Au bout de quelques mois, il n’y a plus rien, tout à disparu dans le sol.


Mais du coup, si on pense emprunte carbone, on va peut être éviter le voyage post-mortem à l’autre bout du monde, non?

Alors si on reste en France, qu’est-ce qu’on a comme alternative ?

On peut choisir un cimetière plus écolo.
De plus en plus de cimetières se transforment pour entamer une sorte de transition verte et ainsi proposer des alternatives permettant de rendre le corps à la terre le plus écologiquement possible.

Par exemple, à Niort, le défunt est directement inhumé dans la terre. L’utilisation de ressources naturelles et locales est le fil conducteur du projet. Ici, pas d’alignement morbide de pierres tombales, le cimetière ressemble à un petit coin de nature où se mêlent végétation et petites pierres discrètes pour marquer l’emplacement des tombes. Pour être admis dans ce cimetière pas comme les autres, il faut remplir certaines conditions : il ne faut pas avoir recours aux soins chimiques de conservation, il faut être habillé avec des fibres naturelles et choisir un cercueil ou une urne entièrement biodégradable.

On peut choisir un « contenant » 100% biodégradable.
On peut opter par exemple pour un cercueil en carton conçu en papier recyclé 100% biodégradable. Il est possible de le personnaliser avec des teintures à l’eau. Le capiton intérieur est en fibres naturelles (lin) donc totalement altérable !

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Il existe également une urne funéraire écologique permettant de donner naissance à un arbre. L’urne est fabriquée à partir de matériaux biodégradables (noix de coco, fibres naturelles, tourbe…) et se compose d’un emplacement pour les cendres et d’un emplacement pour la graine et le terreau. L’idée est d’enterrer l’urne en pleine nature…après avoir informé la mairie de la commune concernée ! Il existe également des urnes en sable (donc 100% naturelle) ou hydrosoluble (dissolution complète dans l’eau en 2h).

Bref, pas évident d’être écolo quand on est mort… 😉 


Hey, salut Monsieur le Croque-Mort ! 

Je suis partie à la rencontre de Loïc, 33 ans, croque-mort à Semur-en-Auxois. Loin des clichés du croque-mort dépressif au teint blafard, rencontre avec un jeune homme bien vivant…

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Salut Loïc ! Il paraît que tu es croque-mort, j’ai quelques questions à ce sujet !


C’est quoi exactement ton boulot, tu peux nous expliquer?
Mon métier consiste à accompagner les familles qui ont perdu un être cher. Je m’occupe du défunt en organisant le « dernier au revoir », depuis la prise en charge du corps jusqu’au dernier adieu. Cela englobe tout un petit monde, qui va contribuer à rendre ce moment le moins pénible possible pour les proches : l’assistant funéraire qui organise les funérailles avec la famille, le thanatopracteur qui s’occupe des soins de présentation du défunt, le curé dans le cas où il y a des obsèques religieuses, le crématorium et/ou le marbrier qui s’occupent de la toute fin… il peut y avoir le fleuriste aussi, etc… en gros, je suis là (les pompes funèbres) pour centraliser tout ça, et faire en sorte que la famille n’ai qu’un seul interlocuteur.


Comment es-tu devenu croque-mort?

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C’est une histoire de famille puisque nous sommes la 4ème génération à nous occuper des familles même si au départ c’était avant tout un métier de menuiserie, qui, au fil du temps, nous a amener à nous occuper des défunts en préparant les cercueils. Arrivé à l’âge d’avoir un job d’été, je me suis essayé dans l’entreprise familial, ce qui m’a donné envie de continuer dans cet accompagnement.


Et quand tu étais gamin, tu répondais quoi à la question «quel métier voulez-vous faire plus tard ? »
Un documentaire qui a été tourné sur notre famille (Dans la famille croque-mort) montre que je ne voulais pas devenir croque-mort, mais mon directeur d’école de l’époque m’a affirmé que dans les voeux émis en classe, je parlais déjà de pompes funèbres…  La vérité, c’est qu’à cet âge, on ne se rend pas bien compte de tout ça !


Qu’est ce qui te plait le plus dans ce boulot?
Le contact avec les gens, les aider dans l’étape du deuil, le travail dans l’entreprise familiale… En fait, c’est le fait d’être connecté avec l’humain, de pouvoir vivre l’humanité dans ce rapport un peu spécial que nous avons avec les familles endeuillées.


Et ce qui te plait le moins?
Les morts violentes. S’occuper du défunt à ce moment là, je passe les détails…


A quoi tu penserais si tu pouvais améliorer le domaine de la mort?
Le lieu qui accueille les vivants pour l’accompagnement du proche défunt, la cérémonie, la « mise en scène » de ce moment qui perd de sa symbolique avec le temps. J’y réfléchis…


Et tu voudrais changer quoi ? Dans quel sens?
J’aimerais améliorer la cérémonie, le moment du dernier au revoir, le moment où tout le monde se réunit en présence du défunt. Il faudrait créer une nouvelle symbolique, plus liée à notre temps. En fait, les gens perdent l’importance de dire adieu et oublient souvent de prendre le temps, à ce moment précis, de se (re)poser les questions qui ne se posent pas nécessairement dans le quotidien, sur le sens de ce que l’on met dans notre vie et la vision que l’on donne à la mort.


Tu semble avoir construit une carapace (indispensable) pour exercer ton métier, mais quel est ton rapport à la mort maintenant?
On se pose effectivement des questions que d’autres ne se posent peut-être que plus tard car nous sommes confrontés à la mort à un âge précoce. J’ai beaucoup observé, j’ai partagé aussi, j’ai cherché, aujourd’hui peut-être moins que par le passé parce que il y a une part de mystère qui, pour le moment ne peut pas être percée. Peut-être aussi parce que je suis aujourd’hui plus conscient de l’importance du moment présent, sans espérer un « rattrapage » post-mortem de mon existence dans l’au-delà… La religion à une importance dans cette conception.
Perso, j’angoisse peut-être plus de la maladie que de la mort. La mort est inévitable et beaucoup font l’autruche. Je ne dis pas que c’est facile, que l’accepter est obligatoire, juste, ne pas oublier une réalité. Je ne me considère pas croyant, même si j’ai eu une éducation chrétienne, mais je ne suis pas fermé non plus. Je considère que nul n’a la réponse concernant la question d’un après, que tout est espérance et supposition. Alors, je préfères voir le moment venu et m’occuper du présent.


Est-ce que tu fêtes Halloween?
Non pas spécialement, tout dépend de la soirée organisée.
Donc c’est pas ton méga kif de boire de la bière dans des crânes en plastique?
Lol. Heu…non.


Tu es plutôt inhumation ou crémation?
Ça m’est égal, les vivants choisiront (dans mon cas, le jour où je ne serais plus là pour te répondre). Je pense qu’aujourd’hui il faut réfléchir à l’impact sur la planète, prendre le moins « impactant ». Il semblerait que ce soit la crémation.


La meilleure façon de mourir selon toi?
Dans son sommeil !


As-tu déjà eu des demandes post-mortem farfelues?
Et oui…
Racontes !!!!
… comme découper la tête pour conserver le cerveau, au cas où l’on puisse « ressusciter le mort », enfin…ressusciter son esprit !


Comment tu définirais le métier de croque-mort en un mot / une expression?
Nous sommes des Passeurs !


Et pour finir, une petite anecdote à nous raconter?
Avoir recréer un décor de théâtre au crématorium. C’était pour accompagner la maman d’une femme qui faisait partie d’une compagnie théâtrale, puisqu’elle était la bénévole principale de cette troupe, l’hommage était vraiment beau !


Sources : 
– Funérailles écologiques, Brigitte Lapouge & Laetitia Royant
– L’heure du grand passage (chronique de la mort), Michel Vovelle
– La mort aujourd’hui, Michel Hanus
– https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2018-10/barometre_obseques.pdf
– https://www.simplifia.fr
– http://blog.slate.fr/globule-et-telescope/2011/10/31/mort-alternatives-inhumation-cremation/
– https://www.lassurance-obseques.fr
– https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/vie-funerailles-ecologiques-alternatives-inhumation-cremation-69064/

 

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